Autour de la question algérienne: "Des hommes" de Laurent Mauvignier par Abdellah Baida - L'écritoire du Château d'Avanton
106 visites

Autour de la question algérienne: "Des hommes" de Laurent Mauvignier par Abdellah Baida

jeudi 13 mai 2010 à 19:20 :: Débats :: #808 :: rss

                          

 Abdellah  Baida a bien voulu que sa critique publée dans le Magazine Littéraire du Maroc soit relayée ici.

                         

  

 

 

 

Commentaires

1. Le vendredi 14 mai 2010 à 11:59, par André Youx

Certains s'en souviennent peut-être, j'avais rédigé au début de cette année sur notre blog, une courte note pour en recommander la lecture. www.chateaudavanton.com/b...

Sur ce même thème, toutes proportions gardées, j’avais commis , dans le cadre d’un exercice de « page arrachée », un billet mettant en scène mes terreurs enfantines liées à la guerre d’Algérie, alimentées par les conversations chuchotées lors de leurs permissions entre mes cousins appelés en Algérie. Ils étaient loin de s’imaginer, dans ce coin de la France profonde, qu’ affairé à mes jeux, je ne perdais pas une miette de l’horreur des confidences : www.chateaudavanton.com/b...

Si je peux comprendre les attentes partisanes d’un magazine marocain face à un jury français qui, par essence, traduit les archétypes des inconscients collectifs des milieux qu'il représente, je ne peux pour autant te laisser écrire sans réagir que « le fait de ne pas lui avoir attribué le Goncourt prolonge en quelque sorte un silence issu d’un accord tacite. ». Ce procès d'intention a des relents de chasse aux sorcières pour au moins deux raisons :

D'abord, il n'appartient pas à un jury littéraire d'écrire l'Histoire mais de rendre hommage à la valeur intrinsèque d'un roman en dehors de toute considération opportuniste. A cet égard, si j’avais dû moi-même voter pour le Goncourt 2009, dans mes lectures de la sélection, mon cœur aurait balancé entre l'ouvrage dont s'agit et « Des heures souterraines » de Delphine de Vigan. Ensuite, décerner le prix à « Trois femmes puissantes » de Marie N’Daye, une auteure originaire du Sénégal au style alambiqué, dont le choix est, à mes yeux discutable en face des qualités de l’ouvrage de Delphine de Vigan, ruine précisément l' allégation d'un parti-pris à l’encontre de nos « anciennes colonies ».
A la différence de son conflit avec l'Allemagne, surreprésenté, la France est encore malade de l'Algérie et espérons que la verbalisation, préalable à toute guérison interviendra avant l'extinction complète des acteurs du drame. Mais on avance... Goncourt ou pas, justice n'aura pas tardé à être rendue à Mauvignier puisque son roman fait déjà l'objet d'une adaptation cinématographique par Patrice Chéreau.
Pour des atrocités assez voisines de celles perpétrées aux Balkans, il n'y a pas eu de Nuremberg , ni d'enquête ni de citation des tortionnaires des deux camps à comparaitre devant un tribunal pénal international. Pas de catharsis pour libérer la parole. Après les horreurs de l'enfance, l'Algérie est associée pour moi, à l'adolescence, au mot "amnistie"qui a fleuri sur les murs de France comme paquerettes en prairie, ce qui induisait mécaniquement qu'il y avait des choses à se faire pardonner. Mais la France n'a rien trouvé de plus pressé que de fermer le couvercle. On pardonne... On pardonne quoi, d'ailleurs ? Amnistie d'urgence, surtout ne nous parlez de rien, on veut ni voir ni entendre. "Vae victis", honte aux vaincus, disaient déjà les latins. Tournons la page, cachez nous cette honte que nous ne saurions voir! Les anciens des opérations d'Algérie ont refoulé complètement ce qui n'était déjà que chuchoté et les populations chassées de leur terre natale, harkis et pieds-noirs, ont eu la bonne éducation de cacher leur blessure sous un voile de pudeur. Pierre Parlier, qui dans son " Roman d'un homme heureux" (1), en 133 épisodes publiés sur l'Ecritoire, nous conte par le menu sa jeunesse à Alger au moment du conflit, n'y fait pas exception... www.chateaudavanton.com/b...

Mais les blessures enfouies ont la vie dure. Je lis que l'artiste Zineb Sedira vient de se faire interdire d'exposition à Vallauris pour avoir utilisé une vidéo de conversation en arabe avec sa mère où le mot "harki" est traduit en français par "collaborateur" ...

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte, les adresses internet seront converties automatiquement.