L’ascension sociale, de Chantal Magnant - L'écritoire du Château d'Avanton
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L’ascension sociale, de Chantal Magnant

jeudi 23 février 2017 à 17:19 :: Page accueil :: #1315 :: rss

Je suis le dernier de la famille, le huitième, j’ai deux sœurs et cinq frères, autant vous dire que je ne m’appelle pas Désiré. Mes grands frères avaient d’ailleurs vacciné mes parents du désir d’avoir des enfants, et quand je suis né, ils ne se sont pas extasiés devant ces trois kilos de chair, entourés d’une peau rougeaude et ridée. Mais j’avais envie de vivre et j’ai bien grandi. Je n’ai d’ailleurs rien à reprocher à mes parents, j’ai toujours eu à manger et mon père a toujours eu le souci de me corriger. Mes grands frères m’avaient bien fait comprendre que je n’avais pas intérêt à me plaindre ou à dire que ce n’était pas moi. Chez moi, mon père préférait les filles aux garçons. C’était ses chouchoutes. Pour elles c’était les caresses, les chatouilles et même les petits bisous dans le cou, pour moi c’était les baffes ou la trique. Des fois il disait qu’il allait dormir avec l’une ou l’autre, ça le faisait rigoler. Ma mère, il n’y a rien à dire, d’ailleurs elle ne disait rien. Mon père avait dû lui expliquer ce qu’elle devait faire et du coup tout allait bien.

Je suis allé à l’école et pour moi, là, c’est plutôt un mauvais souvenir, j’avais toujours envie de bouger, je ne pouvais pas rester tranquille, instable qu’ils disaient. En fait, j’aimais apprendre mais après l’instit répétait à nouveau ses explications pour ceux qui n’avaient pas compris et après il fallait faire des exercices ou des devoirs pour lui prouver qu’on avait bien compris. A l’école, il faut aussi apprendre des choses complètement inutiles, le calcul, les opérations, à quoi ça sert ? Avec les téléphones portables c’est bien plus vite fait, et en plus il n’y a pas d’erreur. Et puis, maintenant tu trouves tout sur Wikipedia.

Vous l’avez compris, j’ai été un enfant heureux, très vite autonome, débrouillard, j’étais souvent en dehors de la maison. J’ai appris à me défendre, à esquiver et à m’affirmer, je ne me suis jamais laissé abattre, j’ai du ressort. Pour moi, la vie m’a forgé et la rue a été la meilleure des écoles.

J’avais envie de faire des grandes choses pour mon pays, je sais ce qu’il faut changer, oui, il y a beaucoup de choses à réformer, voire à supprimer. Je me suis intéressé à la politique et engagé avec toute mon énergie. Je n’ai pas fait Sciences Po ni l’ENA mais j’ai été remarqué par un grand du parti qui m’a pris d’abord comme garde du corps puis comme conseiller. J’expliquais qu’il fallait faire des réformes courageuses, la France n’a pas besoin de paresseux qui se plaignent tout le temps alors qu’ils reçoivent tout de l’État. Payer pour un rhume, un mal à la gorge ou même pour une petite grippe ! C’est inadmissible. Les gens peuvent quand même apprendre à se couvrir. La justice aussi, moi, je n’y crois pas. C’est une machine à faire des victimes. Les gens n’ont qu’à apprendre à ne pas se faire avoir, à se défendre et même à se venger, ce n’est pas interdit. Toujours vouloir se plaindre ! La justice c’est aussi une machine à casser des gens. Pourquoi s’acharner sur des gens qui ont réussi leur vie. Pourquoi reprocher à des gens honnêtes d’avoir gagné de l’argent. C’est toujours pour les pauvres malheureux, mais la France n’a pas besoin de pauvres. Enfin, vous savez ce que je pense aussi de l’école. On pourrait raccourcir le temps de la scolarité des deux tiers, ceux qui veulent apprendre, ils apprendront par eux-mêmes. L’école ça rend les gens dociles, passifs, sans imagination. Franchement, je n’arrive pas à comprendre pourquoi tout le monde ne pense pas comme moi !

Commentaires

1. Le jeudi 23 février 2017 à 17:21, par Viviane

Ton texte me laisse perplexe, surtout le début, je les mets en ligne pour que les participants de l'atelier le lisent .

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