Tout va bien, de Pétronille - L'écritoire du Château d'Avanton
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Tout va bien, de Pétronille

dimanche 18 juin 2017 à 10:27 :: Page accueil :: #1330 :: rss

La porte, tenant seulement par un gond rouillé, s’entrebâille doucement avec un couinement lugubre…

On aperçoit seulement quelques doigts qui laissent deviner une main âgée, rude et soudain l’enfant sort en trombe, plaquant violemment cette porte contre le mur qui s’ouvre avec un bruit qui fait sursauter les parents du petit qui se dirigeaient vers cette bâtisse abandonnée, avec mille précautions, foulant les herbes hautes et les orties, car au fil des ans et à tous les vents, la charpente avait craqué et les tuiles glissaient les unes après les autres, tempête après tempête…

Les parents étaient là, les bras ballants et la bouche entrouverte, ayant du mal à prononcer le prénom de leur enfant, Jérémy !

-    Oh mon dieu dit Aline, sa maman, depuis hier soir que l’on vous cherche ! Et avec cette tempête, vous auriez pu vous faire tuer dans cette grange qui s’écroule…

Jérémy, 10 ans, enlace sa maman et se met à pleurer et à greloter.

-    Tout le monde vous cherche. On a failli alerter les gendarmes.
-    Pourquoi n’as-tu pas crié ou appelé, on t’aurait entendu dans la nuit, la grange n’est pas si loin de la maison.

La main rude du papi Émile était retombée le long de son corps usé et maigre et il était là debout. Quelques larmes sèches s’arrachaient à son corps qui avait tant connu de douleurs et de souffrances et coulaient doucement le long de ses joues. Sa casquette mal vissée sur sa tête engoncée dans sa grosse veste de velours laissait apparaitre un visage mal rasé, buriné par les ans.

Il était là, tremblant, dans « l’encoignure » de la porte.

Depuis que son épouse était partie, emportée par une foudroyante crise d’asthme, avant que les secours ne puissent arriver, la tristesse l’avait envahi. Sa bonne humeur et sa joie de vivre l’avaient quitté.

Son fils, qui avait repris la suite de la petite fermette s’était marié sur le tard, mais le bonheur arriva enfin avec la naissance de Jérémy. « Son cadeau du ciel » comme il disait. Lui redonnant force et vigueur. Mais voilà, les ans pesaient de plus en plus. On lui avait bien aménagé une belle petite chambre avec tout le confort. Il prenait ses repas avec ses enfants.

Jérémy l’adorait et c’était réciproque. Les parents n’appréciaient pas toujours les remarques du Père Émile à propos de la façon de se nourrir… De notre temps on ne faisait pas le difficile, on mangeait ce qu’il y avait sur la table, c’était ça ou rien !

Avec le travail de la ferme devenu pénible, faute de matériel moderne, sa belle-fille avait du mal à subvenir au ménage… et surtout à la toilette du papi. Il n’était pas facile.

C’était un soir d’hiver, Papi somnolait devant le bon feu de cheminée. Jérémy faisait ses devoirs.

Aline dit tout bas à André : « Pour ton papa, qu’est-ce que tu comptes faire ? Il va bien falloir trouver une solution… ».

« J’irai voir demain à la ville, dit André… Si des fois il y avait une place à la maison de retraite ? »

Dans leurs tristes pensées et appréhendant de se séparer du papi, harassés par une longue journée de travail, les parents somnolaient également et ne s’aperçurent pas que le papi et Jérémy s’éclipsaient en silence.

Tiens, Émile est parti dans sa chambre…
Et Jérémy ? Il est parti au lit sans nous le dire !
André, viens vite, il n’est pas dans son lit…

C’est là que commença cette nuit de cauchemar !

Émile a dû entendre notre conversation. Il a pris Jérémy et est parti pour se venger… Il n’a pas dû apprécier notre conversation.

Ouf, heureusement qu’on les a retrouvés.

Émile on t’en voudra toute notre vie… Pourquoi t’en prendre au petit ?

Jérémy se défait de l’étreinte de sa mère, prend un peu de recul et dit :
« Papa, maman, je ne veux pas que papi nous quitte pour la ville. C’est moi qui l’ai entrainé et caché dans la grange… Je voulais que l’on parte tous les deux, très très loin… Mais la tempête nous a surpris et papi Émile m’a enveloppé dans sa grosse veste et je me suis endormi… »

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