Rêve, de Renée-Claude Barret - L'écritoire du Château d'Avanton
12 visites

Rêve, de Renée-Claude Barret

mercredi 11 octobre 2017 à 20:54 :: Page accueil :: #1340 :: rss

 

Je fais souvent ce rêve : je suis debout dans un sombre couloir, je me dirige vers l’unique fenêtre dont les vitres opaques retiennent les rayons du soleil. Oppressée par cette lumière glauque, par l’odeur entêtante dégagée par le vieux plancher vermoulu, sentant un goût amer de bile envahir ma bouche, j’ouvre la croisée afin de laisser pénétrer la brise.

Devant moi, s’étend une vaste étendue d’eau miroitante, lac ou océan, je ne sais. Au milieu des vaguelettes, il me semble apercevoir la tête d’un enfant qui s’éloigne rapidement du rivage.

Inquiète, je l’appelle. Son visage d’angelot, aux joues gonflées par un rire joyeux, se tourne vers moi alors que les vaguelettes se transforment brutalement en vagues d’un gris menaçant.

Insouciant, l’enfant reprend sa nage de chien fou qui l’emporte toujours plus loin. Sa tête n’est plus qu’un point noir dansant sur le noir des flots. Autour de lui, les mouettes tournoient en un étrange ballet. Leur cri rauque déchire mes tympans et me fait frissonner. L’eau devenue noire à présent, en dépit du ciel d’un bleu immuable, décuple mon angoisse. Je descends ou plutôt je vole dans l’escalier, je cours vers le rivage et pénètre dans l’eau.  

Mes vêtements collés à ma peau, je lutte contre cette immensité liquide, visqueuse, qui refuse de s’ouvrir. Curieusement, je ne nage pas, je marche, mes bras battant, fendant furieusement les vagues pour suppléer à mes jambes alourdies comme enlisées dans le sable.

Tandis que péniblement j’avance vers lui, l’enfant semble s’éloigner plus encore. Dans un effort surhumain, je parviens à me rapprocher de lui, à l’atteindre puis à m’emparer de son petit corps tremblant de froid.

Je le tiens bien serré contre moi et, telle une géante chaussée de bottes de sept lieues, entreprends une marche triomphante vers le rivage. Arrivée devant le perron de la maison, je dépose mon précieux fardeau sur la pierre brûlante. Mes lèvres goûtent sur sa peau un goût de sel troublant pour mes lèvres desséchées. J’écoute avec ravissement son petit rire de gorge semblable au pépiement d’un moineau.

Tandis que je savoure ma félicité retrouvée, mon rêve s’éteint, brutalement interrompu par l’impérieuse sonnerie de mon réveil.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte, les adresses internet seront converties automatiquement.





Tous les textes de ce blog restent la propriété exclusive de leurs auteurs. Toute reproduction (hormis une brève citation en précisant la source et l'auteur) sans l'autorisation expresse de l'auteur est interdite.