L'écriteau délavé, de Pétronille - L'écritoire du Château d'Avanton
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L'écriteau délavé, de Pétronille

dimanche 26 novembre 2017 à 19:31 :: Page accueil :: #1352 :: rss


 
          2ème séance - Des contraintes qui ouvrent une action. Une personne entre. Une autre personne la suit.


L'écriteau délavé paraissait ancien ; on avait dû le rafistoler afin que le vent ne l'emporte et c'était un miracle qu'il soit encore au-dessus de la porte entrebâillée de cette maison sans âme, dont le crépi qui partait en lambeaux laissait apparaitre des pierres devenant spongieuses et recouvertes de salpêtre, dans une ruelle sombre qui n'incitait guère le passant à y venir, encore moins à s'arrêter.

Les rayons du soleil jaunâtre tombant illuminaient discrètement le reste du panneau : " Maison du Bon Dieu... "

Émile, la casquette bien vissée sur la tête à cause du début de tempête et son veston boutonné jusqu'au cou, se demandait encore comment il avait pu arriver jusqu'à cette masure et pourquoi son regard était tombé sur ce panneau. Son épouse qui suivait à quelques pas le tira par le bras et semblait l'empêcher de franchir le seuil.

Le vieil homme hésita, regarda à nouveau le panneau, puis poussa doucement la porte entrebâillée avec sa canne. Un couinement d'outre-tombe se fit entendre et la faible lueur laissait deviner une cheminée où quelques faibles flammes dansaient sur les murs sans couleur, dessinant de temps à autre la silhouette d'une vieille femme assise à sa table, un fichu noué à deux tours sur son buste, laissant à peine apparaitre une silhouette au long nez surmonté d'une paire de lunettes opaques.

Une assiette de soupe fumante semblait déposée sur le coin de la table.

Dans cette pénombre inquiétante, le visiteur devinait le va-et-vient de la main de la vieille dame de la soupe vers le sol... ce qui l'amena à orienter son regard vers le bas. Et là, non pas 5, mais, 10 ou plutôt 20 chats allaient et venaient... se repaissant de ce pain trempé dans la soupe et mâchant goulument et rapidement ce diner surement bienfaiteur !

Tu vois, lui dit sa femme : tu pensais peut-être en lisant ce panneau que tu entrais au paradis ! C'est un peu ça, mais c'est le paradis des chats !...

L'intrusion du couple ne perturba en rien la quiétude des animaux et la vieille dame, tellement occupée à répartir des bouts de pain trempés dans la soupe ne s'aperçut même pas que la porte s'était entrebâillée. Elle devait avoir l'habitude, car les allées et venues des matous allaient bon train !

Allez, vient Émile, le paradis ce n'est pas encore pour aujourd'hui...

Avec ce vent qui redoublait, ils hâtaient le pas... en s'éloignant du paradis.

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