Nouveau management, de Chantal Magnant - L'écritoire du Château d'Avanton
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Nouveau management, de Chantal Magnant

mercredi 20 décembre 2017 à 16:03 :: Page accueil :: #1363 :: rss



           3ème séance - "Je me suis perdu, je ne comprends pas..." Une contrainte de discours direct dans le récit…

Dès la porte refermée, Jean, Lucien, André et François dans le couloir se regardent avec un air dur, un air de reproche comme si c’était l’autre qui l’avait encouragé à sortir du bureau.

-        Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On n’est pas malin, que vont dire les autres ?

-       Et bien, qu’on n’est que des dégonflés.

Ils se dirigent vers la machine à café, pour réfléchir.

 

Dans la salle de restaurant de l’usine, certains sont restés, ils attendent leurs collègues, curieux de savoir comment le patron les a accueillis et ce qu’il a décidé. La salle est plongée dans une demi-obscurité, ce n’est pas la nuit, mais les vitres sont embuées et la pluie vient régulièrement fouetter les fenêtres de manière sinistre. Dans la salle, des petits groupes se sont formés, on entend un brouhaha monotone qui rend l’atmosphère sérieuse, concentrée. De temps en temps une rafale de vent un peu plus forte couvre les bruits de voix. Puis, petit à petit, les uns après les autres, ils partent, c’est l’heure de la sortie de l’école, ou d’un rendez-vous, les devoirs, conduire les enfants au judo…. De toutes les façons ils ne croient pas au père Noël, ils n’espèrent pas grand-chose. Ils se demandent plutôt qu’est ce que le patron va encore inventer pour augmenter les cadences. Ne voyant personne revenir, leurs pensées sont encore plus fatalistes.

 

Bernard est sorti rapidement et a regagné sa voiture, espérant ne rencontrer personne. Il n’a rien pu dire, il se sent comme un traitre qui aurait magouillé pour avoir un avancement personnel. Sa grande question est : que vont dire les autres ? Il méprise son patron tout en le considérant très adroit pour éviter tout mouvement de solidarité. Il humilie et terrifie, ou gratifie et récompense pour éviter toute solidarité, pour diviser, instiguer des envies ou des jalousies. Il n’a pas non plus très envie de rentrer chez lui, il sait que sa femme serait très contente d’apprendre cette nouvelle. Penser cela l’énerve encore plus. Elle ne supporte pas le manque d’argent, elle aime les belles choses, elle aimerait aller au théâtre, aller en vacances, elle lui reproche de ne pas se mettre en valeur, elle dit qu’il peut faire mieux que ce travail à l’usine.

Ce n’est pas son habitude mais il s’arrête dans un bar pour réfléchir. Il commande un whisky, oui, il me faut quelque chose de fort. Il reste un long moment le verre vide, dans le vague et en commande un autre, parce qu’il ne sait toujours pas quoi faire. Ses idées tournent en boucle. Il pense à son patron puis à ses collègues et à sa femme. Les phrases se répètent : ce salaud de patron il est quand même fort, vraiment ce n’est pas possible d’avoir autant la trouille, on ne s’en sortira jamais, je sais que ce n’est pas drôle de gérer un petit salaire, toujours l’angoisse des fins de mois. Pour finir, il commande un rhum arrangé, en souriant il se dit un petit peu d’exotisme après une telle journée.

Il sort et décide d’errer, il est insensible à la pluie, il va, sans but où le vent le pousse.

 

Jean, Lucien, André et François réalisent que Bernard est parti, sa voiture n’est plus sur le parking. Ils ont décidé d’aller s’excuser, de lui dire qu’ils regrettent et que maintenant ils sont décidés à réagir, à ne plus se résigner, à ne plus subir, c’est juré, il pourra compter sur eux. Ils sonnent chez lui, mais il n’y est pas, ils ont seulement réussi à inquiéter sa femme.

Maintenant, ils roulent lentement, scrutant les rares passants sous leur parapluie.

-       Tu crois qu’il serait dans un bar ? C’est pas son genre, il n’y va jamais et surtout jamais seul.

 

Ils passent devant l’église et François aperçoit une ombre, il veut aller voir. François et Jean descendent de la voiture. Effectivement une personne est là, les vêtements trempés, assise dans un coin du porche, recroquevillée, elle semble dormir la tête penchée dans ses mains. Ils partent puis hésitent et retournent : ce n’est quand même pas lui ! Si. Surpris mais heureux de le retrouver, ils le réveillent doucement. Bernard ouvre de grands yeux étonnés.  

-       Je me suis perdu, je ne comprends pas.

-       Nous aussi on se sent perdu, on n’est pas fier de nous tu sais. Mais qu’est ce que tu fais là ? Viens avec nous.

Au café du coin, devant une tasse de café, ils tentent de comprendre. Ils n’ont jamais vu Bernard comme ça. D’une voix pâteuse et ralentie il répète : le salaud, je ne vais quand même pas vous commander. Ils posent des questions, ils attendent, ils lui parlent de sa femme qui est inquiète.

-       Elle, elle sera contente.

Par bribes, Il parle du nouvel atelier, il dit qu’il va être patron, il va avoir plus d’argent. Ils avaient connaissance de ce projet d’agrandissement, puis, progressivement ils comprennent :

-       Il t’a dit que tu serais le responsable ? C’est pour cela que tu dis que tu ne veux pas nous commander ?

-       Mais c’est super, tu n’auras pas besoin de nous commander, on veut tous aller travailler avec toi, on fera une vraie équipe, on sera tous responsables, on ne sera pas que des pions.

Lucien explique que chacun travaillera à son rythme :

-       Ce n’est pas parce que l’on me fout la pression que je vais plus vite, en se précipitant on ne travaille pas avec méthode, on travaille sans réfléchir et on fait des conneries.

André est convaincu qu’il est plus agréable de travailler quand on reçoit des compliments.

-       Cela encourage plus que les coups de gueule. Je m’y connais je sais ce qui fait plaisir à entendre, surtout aux femmes.

François est aussi convaincu que le rendement est meilleur quand on prend le temps de rigoler, quand l’ambiance est détendue :

-       Travailler oui, les conflits non, ça m’épuise.

Jean a écouté en opinant de la tête :

-       Moi je suis capable de bosser, le travail ne me fait pas peur mais quand on vient me surveiller, me dire ce que j’ai à faire, quand on vient me casser les pieds… Si je dois contracter mes muscles pour me retenir de me mettre en colère, je ne peux plus travailler, j’ai simplement envie de tout foutre en l’air.

Bernard a bu un grand café et trois verres d’eau, il émerge lentement et surtout il se sent bien avec ses copains, il éprouve du plaisir à les entendre faire des projets. Il sent qu’ils sont heureux, alors il conclut : à l’école on apprend en jouant, nous nous allons travailler en s’amusant. Il commande alors une bouteille de champagne pour arroser cette nouvelle méthode de management.

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