Coin des poèmes

A la manière de Rutebeuf
(réponse à un poème reçu d'un hôte en filigrane)

Les biens ne savent seuls venir ;
Tout ce qui pouvait m'advenir
M'est advenu.
Que sont mes hôtes devenus
Qui m'avaient de si près émue
Et tant donné ?
Je crois qu'ils sont éparpillés
Et ne savent qu'ils m'ont pillée
De tant partir.
De tels hôtes m'ont bien traitée
Car même avant que d'accourir
De tous côtés,
À deux ou seul en ma maison,
Petit bonhomme une oraison
Me composa.
Je crois la poste l'a emportée
Et ne saurais la remercier,
Juste être là.
Ce sont hôtes que vent emporte
Et il ventait devant ma porte,
Les emporta.
Nul ne viendra me consoler
Du réconfort de quelques vers.
Si ne le puis,
Me faut aller vers les bon'hommes
Qui sont courtois et débonnaires
Et m'ont suivie.

Viviane Youx, 28/04/2014

(exposition du 15 au 21 mai 2006 ) 

Le fil du temps aujourd’hui se pose
Sur la toile lente métamorphose
De rameaux au point d’araignée
Subtil lacis de spirales concentriques

Le fil du vent fait une pause
Imbroglios d’horizons sens dessus dessous
Ocres des ciels aux terres bleues
Vertes silhouettes des chevaux rouges

Le fil du jour lentement dose 
Ses étincelles de bonheur
Formes humaines qui jaillissent
D’un carnaval aux vibrations d’infini

Le fil des ans subrepticement ose
Mêler l’ancien et le nouveau
Doux sillage des amitiés fidèles
Qui trace le Passage vers l’éternité

Viviane Youx, 18 mai 2006

Ancêtres bucoliques aux espoirs enchantés
Par une résurrection perpétuellement rêvée

Chaussés depuis le point du jour jusqu’à l’extrême limite
D’une nuit sans toiles splendeurs immaculées

Insinués dans les pierres subtil enchevêtrement
De mémoires tout juste prononcées

Chaussons de lune savamment entassés
Traces d’une vie aux contours revisités

Insinués dans le foisonnement d’identités rangées
Dans des cadres tirés par les carnets du bord

Ancêtres de passage aux fantômes endormis
Par les pas sages des chaussons devant leurs identités

Viviane Youx, 20 mai 2006

Bercés par le vent de la plaine
Les pieds dans les caves ancestrales
L a tête dans la tour haute du donjon

Monter l'escalier de pierre
Aux murs d'ambre et pourpre
Accusant de ses marches les siècles

Nous attarder dans la sérénité
d'une salle au damier noir et blanc
Propre au travail et à l'échange

Nous croyant arrivés au faîte
Savourer l'ambiance chaleureuse
Des poutres de chêne séculaires

Mais l'échauguette nous conduit au zénith
Panorama sans fin
D'une plaine ouverte aux quatre vents

Descendre vers les nourritures terrestres
Salle aux meneaux pleins de lumière
Ou caves aux voûtes hiératiques

Pénétrer dans l'antre du caveau
Cabaret chant théâtre orchestre
Nous invitent à nous divertir

2006 Croyances furieuses

Habits de fête parures scintillantes
La longue nuit s’affaire
A la douce illusion du bonheur

Matins glacés givres moroses
De nos idéaux piétinés
Par l’indifférence du temps qui court

Les petits jours de nos lendemains de rengaine
Enchantent-ils toujours
Nos cœurs fatigués de croire

Réveils douloureux de nos mythes 
Ressuscités d’un coup de baguette
A peine amortis dans leur chute

Traquer pourtant des preuves de notre humanité
Dans chaque étoile qui s’allume
A chaque tournant des vérités
Trop certaines pour être chevillées 
Au cœur de nos rêves

Le vent soudain affole la guirlande
Gracile de nos croyances furieuses

24 décembre 2005

Des yeux de pluie
Noircis par l’aube
Des verts crépuscules

Des yeux d’arc-en-ciel
Epointés par le soleil
D’un horizon sans nuages

Des yeux de jaspe 
Nacrés des perles 
Des nuits sans lune

Des yeux diamant
Irisés des joies 
Glanées au quotidien

Des yeux sourire
Accrochés aux rêves tremblés
D’un monde simplement humain

23 décembre 2005

Passages éphémères
D’enfants vagabonds sur la terre
Jubilant sous leurs masques
Pas si sages
Souci, fleur délétère
Des futurs incertains chasse les mystères !
Envols de rêves pourpres
Scellés dans la pierre vivace
Par ce bel aujourd’hui !

Passages oublieux… Retours annoncés…

8 mai 2005

Les jours se choquent le temps se croise
Sous les cordes du violon
Insatiable

Quel autrefois probable quel lendemain possible
Se mêlent
En un présent trop immortel

Retrouver le fil de la vie mouillée
De splendeurs précaires

Repartir vers la fable empourprée
D’une esquisse rêvée

Fraîcheur des mots ensoleillés
Enclavés par l’enthousiasme de l’Histoire

24 mai 2005

Partir, dit-elle…
Partir, peut-être
Partir, pourquoi ?

Exister par nécessité
Sous l’apparence euphorique
De beautés idéales
D’iles arrimées à un futur insatiable

Désirs répétés d’être
Sans attendre les souvenirs languissants
De passés trop éblouis

Vivre l’indissoluble légèreté
D’un destin présent
Relu chaque matin dans les feuilles de ceylan

Partir d’un pas rétif et obstiné
Enracinée dans l’émotion intense
D’une page si bien contournée

Partir vers les aubes illuminées
Par l’humanité flambeuse
D’un nouvel aujourd’hui

5 juillet 2005

Vile année 2003 qui me pousses d’un lustre,
Que n’as-tu commencé ta pérégrination
Sous des cieux moins austères et des voix plus illustres
Pour annoncer à tous tes justes intentions ?

Eole déchaîné fait tournoyer nos têtes
Et nous fait oublier jusqu’à l’heure, jusqu’au jour
Où nous aurions pourtant dû dire adieu aux fêtes
Pour accueillir, de la rentrée, les doux atours.

Tempête bien-aimée, continue ta conquête
Et chasse avec vigueur les angoisses passées !
Profite du soleil enfoui dans nos têtes

Pour clamer haut et fort l’intense exaltation
De l’espoir en un monde où règnerait la paix :
Que l’année 2003 en soit l’illustration !

Hiver, belle endormie

La dame en sa tour assoupie
Sournoisement s’est étourdie
D’un bel hiver à s’esseuler
Parmi les plaines désolées.

Attends-tu, la belle enfouie,
De tes pierres tant de folies,
Que chaque jour à espérer
Tu atteignes à un bel été ?

Las, las, il n’est de telle folie,
Que celle qui trop fort se crie !
Une pause uujourd’hui préservée,
Saura bien mieux nous préparer

A cette nouvelle année !

31 décembre 2003

Combien de lustres et de jours
Déferlent leurs amarres
Emiettant, parmi le velours
Des hauts vents, le hasard

Mais qu’as-tu fait
De tout ce temps
Courant sans cesse ?
Mais qu’as-tu fait,
Dis, en passant,
De ta jeunesse ?

Rires et rides vont égrener
Leur folle ritournelle
Et pour gaîment les escorter
Jouez, flûtes et vielles !

Chantons, dansons,
Le temps qui vient
Avec liesse
Buvons, goûtons,
Le temps qui vient
Avec paresse

Espoirs d’un corps imprévisible
Douleurs fantasmées bien réelles
Mère pourtant
Mère déjà sans trop y croire

Sourires des yeux qui s’ouvrent
Sur un amour indestructible
Confiances des premiers jours
Rêves à jamais exaltés

Rires des yeux qui croient
Au soleil du matin
A la neige de Noël
Aux paillettes des atours

Peurs des yeux qui doutent
D’un amour trop plein du vide
Pleurs insoupçonnés
Des premières quêtes

Démêler les fils d’une vie si réelle
Qui s’embrouillent dans la nuit
Mère rêvée des premiers âges
Mère jamais tout à fait là

29 mai 2005

Dualité des antagonismes
Etre deux en un
Pour contempler le double vide
De l’absence ou de la présence
Passer du quatre au cinq
De la matière à la kabbale
Du quadrilatère au pentacle
De la terre à l’oracle…

Accepter sans recours les coups
Des pouvoirs sans être,
Un parcours sans questions.

Courir après des images ?
Amertume iconoclaste
D’une image à vivre.

Apaiser la soif des regard
Par une existence aux mots vains.

Où trouver la source des mots ?
Un grand A en tête du train
Peut-il ordonner la sarabande ?

Etre commence aujourd’hui,
Mais comment tous les jours vivre ?

Agir, chercher, recommencer,
M’autoriser à être.

Vingt ans déjà…
Amours furtives
Amitié fidèle
Derrière les rires et les chants
Quel espoir d’un au-deçà, d’un au-delà…

Abîmes des croyances trop avouées
Essors azuréens d’un désir d’être
Fuites, voyages, images rêvées
Idoles inassouvies

Quelles réponses à cet appel
Sans retour, sans secours
Du firmament ?

14 mai 2005